À chacune de ses étapes, la ville a bousculé beaucoup plus que les modèles d’architecture, ou de relation entre les hommes, elle déplace la façon dont nous occupons la terre, construisons nos relations de monde à monde. Aujourd’hui, la ville est uniforme : on retrouve des signes communs tout autour du monde, et on retrouve dès la plus petite ville ce qui fait les caractéristiques de toutes. Alors, ce qu’on interroge, c’est nous-mêmes, et le langage qui nous soude. Mais justement, la ville est le lieu des oppositions, des fractures, des changements. Elle est mouvement, elle est visages. Dès lors que nous appelons la langue, nous convoquons ce réel qui a nom ville . Et la langue doit apprendre à nommer ce qui résiste, ce qui s’invente, comme elle porte ce dont on hérite, et ce qu’on souhaite – au plus haut – transmettre, et qui a nom poème, qui a nom récit. Mais cette réalité profuse, complexe, mouvante a visage spécifique pour chacun, selon la place de la ville, et selon notre place dans la ville. Écrire la ville, c’est se mettre à l’écoute de toutes ces langues, mais aussi les faire surgir. À nous alors de confronter, démultiplier.
François Bon